La bourse ou la vie !

« Et les dieux protecteurs de la cité moderne, on les connaît, ils dînent en ville, et s’appellent des banquiers. » (Extrait du Journal d’un curé de campagne, de Georges Bernanos)

Des multiples fléaux qui jalonnent sans relâche l’histoire de la souffrance humaine – guerres, famines, épidémies et catastrophes naturelles – il en est un genre nouveau, qui ferait passer les autres pour de douces sinécures : l’affolement des marchés. C’est le fruit du plus moderne des vices, huitième péché capital et gangrène de l’humanité : la spéculation.

La panique boursière est une colère divine, arbitraire, qui frappe au hasard et nous fait expier nos péchés. Autour de nous, le monde et les valeurs bancaires s’écroulent, les cours crèvent le plancher, et les dettes souveraines s’envolent. Les places financières sont à l’agonie, secouées par les ultimes soubresauts du mourant condamné : ceux qu’on appelle les « rebonds techniques ». L’heure de l’extrême onction a sonné.

A longueur de journaux, on nous assène un terrifiant jargon d’apocalypse. Les marchés sont les dieux, obscurs et impitoyables, d’une religion de fric, païenne et violente. Ils nous parlent en chiffres brutaux qui dégringolent en cascade. Comment donc apaiser leur courroux ? C’est simple : tels les idoles barbares de l’antiquité, ils exigent des sacrifices. Ne nous dit-on pas ici et là qu’il faut les « rassurer », leur « donner des gages » ?

Que faire alors ? Faut-il mettre nos montres, nos iPhones et nos godasses usées au Mont de Piété ? Faut-il égorger quelques pucelles sur l’autel de leurs temples sacrés ? Par pitié, marchés de l’Olympe, dîtes-nous comment vous rassasier !

Par la voix de leurs apôtres et dévoué clergé, les patrons du CAC 40, ils nous répondent : ce qu’ils réclament, à corps et à cris, c’est de l’argent frais, nos fonds de poches retournés pour laisser échapper nos dernières pièces de monnaie, bien vite englouties dans le ventre de la bête au si bel appétit.

Pauvres pécheurs ! La survie du genre humain est à ce prix.

Dernière minute : à l’heure où nous mettons sous presse, un véritable coup de tonnerre ébranle une nouvelle fois le monde de la finance. Les agences de notation, grands prophètes de l’ordre libéral, ont décidé de dégrader la note de l’andouillette, pourtant auréolée depuis des siècles du suprême indice de solvabilité, le quintuple A.