Indigestion

C’est le grand raout du printemps : les médias nous gavent en chœur de coulis dégoulinant, comme on fait taire des enfants gourmands. Au menu l’union exorbitante et sacrée, entre le prince, roide héritier de Sa Majesté toute fripée, et sa promise, roturière toute relative issue de la bourgeoisie argentée. Roturière, nous dit-on, car la noblesse n’est pas affaire d’argent mais de ce précieux sang qu’il ne faudrait pas mélanger. Dans la grande valse aux commentaires, les plus mesquins fanatiques ne se privent pas de crier au sacrilège. En face, les apôtres d’une liberté dépassée acclament le courage et l’audace. Tous glosent d’extase, parlent d’amour niais, rivalisent d’affligeants détails. Le conte de fée devient cauchemar : une orgie de bonbons sucrés jusqu’à nausée. On nous fait macérer dans un rêve féodal de rentiers, de couronnes et de palais, fantasme réactionnaire avec son cortège d’enfantillages enrobés de tradition.

Tiens, la prochaine sauterie mondaine, c’est Jean-Paul II qui s’y colle. Comme quoi, même mort on s’amuse encore.

Que ne nous montre-t-on plutôt les rois et les papes quand ils se soulagent aux cabinets ?

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Maladie tubulaire

Selon Descartes, « le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ». Chacun de nous aurait donc, à portée de cerveau, bien calée sous le coude, sa juste dose de bon sens, tout frétillant d’enthousiasme, prêt au coup de main si besoin. Malheureusement, lever le coude c’est éreintant (sauf pour une bière, évidemment). Alors, à force d’en tant partager, du bon sens, tout le monde en est avare. On le remise au placard, il ronge son frein. On lui préfère la connerie, qu’on dégaine comme un rien.

Parfait observatoire de comportements citadins, le métro parigot draine un épais flot de connerie quotidienne, dégoulinant en masse le long de ses boyaux sinueux.

Connaissez vous cette espèce dangereuse et crétine, la folle secte de Ceux-qui-veulent-absolument-monter-dans-la-rame-avant-même-que-les-gens-aient-pu-en-descendre ?

Ils sont massés là le long du quai, le doigt tremblant sur la gâchette, impatients de s’enfourner tête baissée dans le chariot bondé : question de vie ou de mort. Les malheureux souhaitant descendre découvrent atterrés, à l’ouverture des portes, une rangée d’hurluberlus mâchoires serrées, avides d’en découdre, qui mourront plutôt que de ne pas forcer l’entrée. Ils ont le regard dans le vide, pour faire mine d’ignorer le monde alentour et foncent dans le tas, au complet mépris de toute courtoisie. Taureaux furieux lâchés dans l’arène, ils bousculent sans ménagement ni savoir pourquoi, et ruent à qui mieux mieux dans les brancards contre toute raison : le monde serait tellement plus doux, et la manœuvre plus efficace, s’ils attendaient gentiment leur tour de monter.

Et bien, parfois, ces gens-là, sous le coup d’un emportement excessif, certes, mais combien légitime, on rêverait de leur coller des grandes baffes dans la tronche.

 

Outside (par Arthur Cubas)